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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 20:42

Milaël est une jeune fille ordinaire. Elle est plus passionnée par les garçons que par l’école, par la lecture de magasines que par ses devoirs. Ses parents s’aiment et ne semblent pas décidés à divorcer pour satisfaire le caprice de leur unique fille d’avoir enfin deux penderies. Heureusement, Romain, son copain est là pour lui faire oublier ses tourments d’adolescente. Sauf qu’un beau matin, Milaël va trouver son petit monde bouleversé. Et il n’y a pas que son prénom qu’elle va détester.


CHAPITRE I - RENAISSANCE

 

L’adolescente dévala les marches quatre à quatre, son sac en bandoulière à bout de bras. A deux doigts de glisser sur le petit tapis du couloir du rez-de-chaussée, elle se rattrapa au dernier barreau de l’escalier, pivota à 180° et déboula en fanfare dans la salle à manger. Comme tous les matins, elle était en retard pour le bus. Elle prit à peine le temps de piquer une tartine sur la table, de l’enfourner et de crier à la cantonade un « bonjour au revoir ! » la bouche pleine. Ses parents ne prêtèrent pas attention à ce remue-ménage familier. Ce qui était étrange c’est qu’ils se disputaient. En quatorze ans, jamais l’adolescente n’avait vu ses éternels amoureux de parents hausser seulement le ton. Du moins pas devant elle. C’était tellement nul d’avoir des parents non divorcés, complètement guimauves comme à vingt ans, qui s’organisaient encore des petites sorties ou des dîners romantiques. Elle aurait tellement voulu être comme toutes ses copines qui avaient deux chambres, deux garde-robes et dont les parents ne savaient plus quoi faire pour les gâter et les monter contre l’autre. Peut-être que cette première dispute était le début d’une nouvelle vie d’enfant pourrie gâtée. Elle n’y vit rien de plus étrange.

Elle rata le bus de plusieurs minutes et dû courir jusqu’au collège. Trop tard, la deuxième sonnerie avait retenti dans la cour et les portes de classe étaient désespérément fermées. L’adolescente poussa un gros soupir et s’assit au pied du mur. Encore en retard pour la sixième fois du trimestre. Pas moyen d’éviter l’avertissement. Une chose de sûre : elle ne serait jamais du matin.

 

Lundi - 8h05

Aïe ! Aïe ! Aïe ! Cette fois c’est sûr, madame Moignon va se faire un plaisir de m’épingler au prochain conseil des profs. Et j’imagine même pas ce qu’elle va dire à mes parents, cette peau de vache ! Ca donnera un truc dans le style : «Manque de sérieux… dissipée en cours… toujours en retard… » avec sa voix nasillarde insupportable. Toujours en retard, faut pas exagérer non plus. Le type qui a fait l’emploi du temps des 3èmeD me déteste, y a pas photo : nous mettre madame Moignon (qui peut pas me voir en peinture et vise versa) en prof principale et quasiment tous les matins en première heure. C’est de la torture pure et simple. Un cours d’histoire géo à 8h du matin c’est déjà impensable ! Je vais écrire aux Nations Unies pour entorse flagrante aux Droits de l’Homme et à la Convention de Kyoto… A moins que ce soit celle de Genève. Raah l’histoire et moi ça fait vraiment deux !

 

 

8h15

Un surveillant passe dans le couloir. Il jette un bref coup d’œil à l’adolescente et secoue la tête de dépit. Il a une mine d’enterrement. Il ne fait aucun commentaire et continue dans le couloir. La jeune fille se pose des questions.

 

8h15

Mince le pion ! J’vais pas y couper. Il va me coller. « Milaël Bloche, qu’est-ce que vous faites dans le couloir à cette heure ? Suivez-moi dans mon bureau ! ».

Milaël Bloche c’est moi. J’ai un nom bizarre, pas banal mais bizarre. C’est que je suis le produit d’une rencontre improbable entre un médiéviste accompli qui organise des banquets médiévaux tous les vendredis soirs et une fan de Tolkien pure et dure qui a trop joué aux jeux de rôles quand elle était à la fac. Ce genre d’amour, même s’il semble à première vue complètement logique entre deux êtres aussi proches sur les hobbies, devrait être interdit. Même puni par la loi, tiens. Non mais c’est vrai, pensez après à leurs enfants qui vont se trimballer des prénoms à la noix toute leur vie ! Et encore j’ai échappé au pire. Il paraît qu’aux Etats-Unis des parents ont entamé une procédure pour que leur môme puisse s’appeler Gollum. A côté Milaël c’est pas si terrible. Ma mère ne jurait que par Galadriel, la reine des Elfes de Lothlorien. Mon père ne voulait rien déclarer d’autre à l’état civil que Mildred (beurk !). Allez savoir comment ils se sont entendus sur Milaël mais j’ose même pas pensé aux autres possibilités qui auraient pu voir le jour en même temps que moi : Galadred, Midriel,…

 

8h55

La sonnerie de fin de cours retentit.

Le flot des élèves se déverse lentement dans les couloirs. Certains courent vers les wc, d’autres s’étirent en discutant, mettant à profit la pause de l’intercours pour se réveiller d’une leçon de géographie ou de maths assommante. Personne ne prête attention à l’adolescente en retard.

Le professeur de sort à son tour de la salle de classe. Son visage est maussade. La jeune fille s’apprête à lui sortir une excuse et à récupérer une heure de colle. Mais la femme l’ignore et quitte précipitamment l’étage.

 

8h55 – Milaël

Alors ça c’est la meilleure ! La prof qui m’évite et ne me crie pas dessus. Je sais pas trop si je dois m’en réjouir. Si ça se trouve elle est allée convoquer mes parents pour de bon. Ou alors elle a abandonné l’idée de me voir arriver à l’heure et de me coller en punition. En tout cas, c’est pas la joie qui les étouffe ce matin.

- T’es au courant ?

Je sursaute. Derrière moi, deux filles discutent à voix basses. J’en reconnais une qui est dans ma classe, petite, grosse avec des lunettes comme des culs de bouteille. On s’aime pas trop elle et moi. On s’aime carrément pas en fait. Je la trouve moche et elle pense que je suis qu’une idiote qui a un pois chiche dans la tête. Elle se la joue première de la classe lèche-bottes mais elle oublie qu’on est toutes les deux dans la dernière section. Je préfère m’éloigner avant qu’elle croie que je l’espionne. Aucune de mes copines n’est venue me parler. Comme la morue et son compère, elles sont toutes réunies en groupe de trois ou quatre et chuchotent l’air triste. Décidément, tout le monde s’est mis en tête de faire comme si j’étais pas là !

- Milaël ?

Enfin ! Je me tourne vers le garçon qui m’a appelée. Un grand brun dégingandé à lunettes, tellement maigre sous son pull-over qu’on dirait qu’il a poussé d’un coup en une nuit. Godefroy de la classe C. Lui aussi ses parents se sont sentis pour son prénom, le pauvre. Ca ne fait pas non plus spécialement de nous des amis. Alors qu’est-ce qu’il me veut ?

Tout le monde s’est tourné vers lui et il se plaque une main sur la bouche, comme s’il s’était souvenu qu’il a fait une bourde. Ca m’agace encore plus que le petit jeu stupide des autres. Je vais pour leur crier dessus quand quelqu’un attrape Godefroy par le col et le secoue violemment.

- Ca te fait rire de parler d’elle ?

Romain ! C’est Romain. En voilà un qui ne fera pas semblant de pas me voir. Il a intérêt s’il veut pas que je le quitte ! Pour le moment, il a plaqué Godefroy contre le mur. Ca va mal tourner, je le sens. Romain est aussi grand mais beaucoup plus baraqué que lui. S’il lui prend l’envie de lui en coller une, le binoclard est bon pour l’hosto et Romain pour une expulsion. Tout le monde les regarde avec des yeux de poissons morts. Personne ne va l’arrêter ?

- Ca te fait rire, hein ? Petit…

- Romain, arrête !

Je m’accroche à son bras. Le supplie de le lâcher. Le frappe. Rien n’y fait. La colère le rend sourd et aveugle. Ses yeux sont remplis de haine. Il me fait peur.

- Romain s’il te plaît !

- Ca sert à rien, il t’entend pas, me souffle Godefroy si bas que je me demande si moi j’ai bien entendu ce qu’il vient de dire.

- Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?

Mais il n’a pas le temps de répondre que Romain le secoue de plus belle.

- Qu’est-ce que tu marmonnes ?

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? Lâche-le immédiatement !

Je respire, soulagée, le pion arrive à pic. Il sépare les deux garçons et leur demande des explications.

- Ca vous regarde pas, répond Romain en grognant.

Il se détourne et nos regards se croisent. J’avais l’intention de l’enguirlander pour son comportement imbécile. Mais ses yeux restent vides. Godefroy avait raison. Il ne m’entend pas, il ne me voit pas ! La panique me gagne. Je cherche désespérément un signe que quelqu’un a conscience de moi, que ce n’ai qu’un jeu pour me faire peur. Même le pion ne s’inquiète que de l’état de l’élève martyrisé et si sa tête pivote vers moi, il ne perçoit pas ma détresse, parce que je suis invisible.

- C’est bon, j’ai rien. Je l’ai cherché.

- Ce n’est pas une raison. Je vais convoquer vos parents.

- C’est pas la peine je vous dis, il a suffisamment de soucis comme ça.

La panique me quitte un instant. Romain, des soucis ? De quoi il parle ?

Godefroy convainc le pion de lâcher l’affaire et me fait discrètement signe de m’approcher. Comme je ne réagis pas, il me fixe et insiste.

- Dans deux minutes, sous le gros platane derrière l’école. Inutile d’aller en cours.

Et puis il sort en direction des toilettes.

Deux minutes plus tard, je suis au rendez-vous. J’ai eu un peu peur que le concierge ne m’attrape à la sortie du bahut mais le phénomène semble généralisé. Je suis invisible sauf pour Godefroy. Pourquoi ? D’ailleurs pourquoi il m’a donné rendez-vous ici ? Il passera jamais la porte, lui.

- Milaël.

Je reconnais sa voix, mais je ne le vois pas. Si lui aussi il a la faculté de disparaître, ça va pas être simple.

- Au-dessus.

- Au-dessus ?

Je lève la tête. La sienne dépasse du mur d’enceinte de l’école, juste sous la frondaison. Il se hisse sur le rebord et saute sur une des énormes branches du platane. J’imagine un instant qu’il va descendre me rejoindre, mais il se cale contre le tronc.

- Les gens qui parlent tous seuls finissent à l’asile. D’ici on me voit pas. Si tu veux pas te choper un torticolis, grimpe.

- Si tu descends je passerai pas pour une folle.

- C’est pas toi qui te fera interner. T’as déjà oublié que personne te voit à part moi ? Allez monte, ajoute-il avec une sorte de lassitude.

Il me tend la main et m’aide à me hisser à son niveau.

- Bon c’est quoi l’embrouille ? Un jeu inventé par Moignon pour me passer l’envie d’arriver en retard ?

Il me regarde comme si j’étais une demeurée, mais il semble triste aussi.

- Tu crois franchement que la prof ferait une chose pareille. Et que tout le monde la suivrait, même ton copain ? Au point qu’il manque de me coller une beigne.

Je me mords la lèvre inférieure. C’est vrai, c’est stupide comme idée. Mais en quelque sorte elle me rassurait. Me dire que dans une heure ou deux, tout le monde cesserait d’être indifférent et s’excuserait d’avoir dû jouer le jeu. Parce que c’était la seule explication terre-à-terre qui me venait à l’esprit.

- Quand je t’ai vu, je me suis laissé avoir, reprend Godefroy. Quand j’ai vu que personne ne réagissais, j’ai compris mon erreur.

- Tu as compris quoi ? Quoi ? Quoi ? Quoi ?

Les larmes me montent aux yeux. J’ai les paupières qui papillonnent frénétiquement pour les refouler mais je sens déjà l’odeur du sel alors qu’elles me brouillent la vue. Dans le temps infime qu’il lui faut pour répondre, je repense à tout ce qui s’est passé depuis ce matin. Mes parents qui se disputent et ne me voient pas partir, le surveillant qui ne me traîne pas dans le bureau du principal, la prof qui m’ignore et Romain qui s’énerve. Tous ces événements pointent vers une seule conclusion logique et irréfutable et pourtant je ne veux pas l’entendre. Je me plaque les mains sur les oreilles mais la voix de Godefroy me parvient du fond de mes entrailles alors que la mienne n’atteint plus personne. Ca peut pas être ça ! Je vais me réveiller de ce cauchemar, le réveil aura sonné depuis longtemps, je partirai en courant pour attraper le bus que je manquerai et la prof me mettra en retenue. Alors par pitié, ne le dis pas !

- Je suis désolé Milaël, mais tu es un fantôme.

Le réveil ne sonne pas.

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