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L’histoire : Alex et Matt son deux jeunes experts ATEX (ATmosphères EXplosives) sur une raffinerie de pétrole où 17 ans avant leur arrivée se sont produits des événements tragiques. Au fil de leur étude qui les mène dans tous les coins de la plateforme, même les plus reculés ou semble-t-il plus personne ne vient, ils vont se rendre compte que ce qui s’est produit il y a dix-sept ans n’est peut être pas tout net. Tout s’accélère le jour où leur releveur disparait sans laisser de trace.


Laurence.jpgAlexandra (Alex) : Mme ATEX, la seule, l’unique. Cette jolie (petite) brune s’est retrouvée chez OMS (Organisation et Méthode de Service ce qui ne veut strictement rien dire) après avoir mené à bien le projet ATEX de la plus grande entreprise de stockage et de transport par pipeline de produits pétrochimiques. C’est LA référence ATEX d’OMS en plus d’être initialement de formation HSEQ. C’est quasiment elle qui gère la cellule ATEX de la raffinerie de l’Etang depuis la promotion du chargé de projet au poste de chargé d’affaires, bien que la situation ne soit pas reconnue et régularisée sur sa fiche de salaire et que ça l’énerve grandement. Heureusement, son précédent poste lui a permis de s’offrir une BMW série 3 noire. Elle vient tout juste de convoler avec son homme, Jonathan, un officier de l’armée de l’air et s’apprête à partir en voyage de noces à l’Île Maurice.

 

Matthieu (Matt) : M. Génie des Procédés. Ce marseillais aux origines antipodiques (un père américain et une mère corse) a atterri chez OMS un peu par la force des choses, puisqu’il a été recruté pour un poste qui n’a pas grand-chose à voir avec sa spécialité. Il a été formé à l’ATEX par Alex et les deux collègues forment un duo de choc très soudé. Ses spécialités au sein de la cellule sont la lecture de PCF (Plans de Circulation des Fluides) et le dessin de plan de zones sous AUTOCAD, ce qui ne lui plaît pas particulièrement. Mais il s’en fout parce qu’au bout de six mois chez OMS il a pu remplacer sa vieille Clio pourrie par une magnifique Saab 9.3 toute neuve. Matt vit depuis 5 ans avec Christelle, une brillante responsable de laboratoire d’analyses chimiques dont le talent, aime à le répéter son homme pas peu fier, n’a d’égal que la beauté.

 

Jamal.jpgJamal : l’homme par qui tout a commencé et qu’on ne verra jamais (à moins que…). Pauvre Jamal, il doit avoir les oreilles qui sifflent à longueur de journée. Mais ce cinquantenaire « pas très vif » l’a bien cherché : tête en l’air, fainéant, lent aussi bien à la tâche qu’à la comprenette ne sont que quelques uns de ses qualificatifs. Il a disparu alors qui s’occupait des relevés du stockage ouest.

 

ATEX : signifie ATmosphère EXplosive et de manière générale, quand on parle d’ATEX on fait référence au risque ATEX, au zonage et à la mise en conformité ou la maintenance de la conformité qui en découle. Les deux directives européennes liées à l’ATEX et transcrites dans la législation française visent à assurer la sécurité du personnel travaillant en zone à risque ainsi que celle du matériel. L’exemple le plus connu catastrophe lié au risque ATEX est l’explosion de l’usine AZF de Toulouse.  Pour plus de renseignements, tapez ATEX dans votre moteur de recherche.

 

Les chats : il y a des dizaines de chats sur la plateforme, c’est à se demander comment ils survivent dans cet environnement.

 

La raffinerie de l’Etang de Berre : cette raffinerie existe bel et bien, on en entend souvent parler quand les transports de carburants font grève et bloquent le ravitaillement depuis la plateforme. J’y ai récemment travaillé et ai conservé dans l’histoire le nom des unités et des services. Cependant j’ai préféré ne pas mentionner le nom du groupe propriétaire et exploitant de même que celui de toutes les entreprises intervenantes sur le site. Pour ce qui est des événements relatés au début du chapitre 1 concernant l’unité fantôme, il s’est effectivement produit une explosion sur le site dont les causes ont été établies et le procès poursuit son cours. Tout le reste n’est que pure invention et délire de ma part assaisonnés de l’intervention de mes deux collègues experts qui ont bien voulu prêter leurs traits aux personnages principaux. Tout ce qui traite de l’ATEX est avéré, parole d’apprentie experte !

 

Nota : parfois je désigne la raffinerie par le terme plateforme. Par plateforme, on n’entend pas obligatoirement un site de pompage en haute mer mais dans le cas précis un site industriel pétrochimique. La raffinerie est au bord de l’étang mais n’y a pas les pieds et n’y pompe pas de pétrole (le premier qui trouve du pétrole brut dans le sol de l’étang de Berre me prévient, je suis preneuse). Il y a des plateformes dans le nord-est de la France et dans le bassin de la Ruhr (ce qui choquait les gens pour les raisons évoquées à la ligne précédente, quand je leur disais que je bossais sur une plateforme en plein milieu de la Moselle) mais on y a plus vu la mer depuis quelques millions d’années. :D


Bon sur ce, le chapitre...

 

PROLOGUE

 

 

En 1992, un rapport officiel émanant des forces de polices judiciaires fait état, le 9 novembre 1992 à 5h20, d’une explosion sur le site de la Raffinerie de l’étang de Berre ayant entraîné la mort de six employés. La brusque inflammation d’un nuage d’hydrocarbures échappés d’une canalisation défectueuse a provoqué une explosion qui a rasé l’unité entière et dont le souffle s’est ressenti à des kilomètres à la ronde, entraînant une multitude de dégâts matériels. Après enquête, les forces de l’ordre ont établi qu’une erreur humaine serait à l’origine de l’accident. Plusieurs cadres de la Raffinerie ont été poursuivis en justice pour homicides involontaires, négligence et mise en danger d’autrui. Pour éviter toute peine supplémentaire aux familles des victimes, les corps n’ont jamais été restitués avant l’inhumation. Les rapports d’autopsies signalent qu’ils étaient totalement carbonisés et difficilement voire non identifiables. L’unité détruite a été reconstruite de toutes pièces, mais le fantôme des six disparus flotte encore au milieu des tuyauteries et des pompes flambant neuves…

 

Le 13 novembre 1992, un rapport de la police municipale d’Istres signale la disparition, depuis le 9 novembre, de 6 individus appartenant à une communauté de gens du voyage installée sur le territoire de la municipalité. La police ne fait pas grand cas de l’affaire. Après une investigation trop vite menée où des manquements graves apparaissent, on conclut à une disparition volontaire, sans doute motivée par une quelconque entorse à la loi et le dossier est relégué aux archives des Portés Disparus.


Chapitre 1 – L’unité Fantôme

 

Lundi 25 juin 2009, 8h05 – Raffinerie de l’Etang

 

Matt claqua la portière de sa Saab 9-3 blanc nacré, étincelante sous le soleil de plomb. Il cala ses Pitch sous son bras, seul petit-déjeuner qu’il prendrait encore ce matin, sa serviette en cuir très commercial en mission chez le client qui déparait avec son style jeans et polo mode dans sa main libre et se dirigea vers le bungalow ATEX. ATEX comme ATmosphère EXplosive. Ce qui, en soit, en ce moment, décrivait aussi bien leurs activités que l’ambiance tendue qui régnait au sein de l’équipe. Avec l’arrivée d’un énième releveur plus ou moins incompétent et le catapultage de leur coordinateur au poste de chargé d’affaires qui le rendait insupportable de suffisance, Matthieu et sa  collègue Alex, les deux noyaux durs de la cellule, les Experts ATEX, commençaient à péter les plombs.

Experts. Ca sonnait comme les Experts Las Vegas, Manhattan ou Miami, avec des hommes en costards impeccables, cravate et lunettes de soleil, enquêtant sur des crimes passionnels sous le soleil de Floride. Les Experts ATEX de l’étang de Berre pour la mise en conformité du matériel de la Raffinerie, ça sonnait nettement moins glamour, même sous les rayons de l’astre méditerranéen.

Sûrement parce que les investigations sont moins… palpitantes, se dit Matt en tirant sur la poignée qui lui resta dans la main.

Super, la  journée commence bien, pensa-t-il en tapant à la porte en attendant qu’une Alex pliée de rire lui ouvre.

 

Il n’était pas au bout de ses peines. Une remarque acerbe du chargé d’affaires l’accueillit.

 

 

Le bureau du releveur, un cinquantenaire pas très vif, était vide. Le visage de Dominique se renfrogna.

 

Alex et Matt échangèrent un regard lourd de sous-entendus. C’est ça qui était cool entre eux : se comprendre à demi-mot quand il s’agissait de Doumé. Les yeux levés au ciel, un sourire en coin, une réplique ironique ou indifférente. C’était leur technique de survie face à la tentative, vicieuse et fort peu discrète, de leur « supérieur » de les monter l’un contre l’autre.

C’est toi qui l’as recruté en disant que c’était un pro, qu’il avait 20 ans d’expérience et que ça changerait de toutes les daubes qu’on s’est coltinées jusqu’à maintenant. Il ne sait même pas se servir d’Excel et il oublie la moitié de ses EPI à chaque fois.

 

 

Il prit son gobelet, s’assit à son bureau et alluma son ordinateur. Alex, assise en face de lui, pianotait sur son clavier.

 

 

 

 

 

Il hocha la tête sans écouter, concentré sur ses mails ou dieu sait quoi.

 

 

 

 

Dans ce « encore », Matt sentit toute la frustration que la lenteur de Jamal faisait naître en Alex. Ils avaient chiffré les deux stockages, est et ouest, sur deux mois. Et le stockage ouest était toujours en cours au bout d’un mois et demi. Ils étaient en retard sur le planning.

Si ça continue, faudra aller faire des relevés en parallèle. En plus des relevés de zonage.

 

 

Matt frissonna.

 

 

 

 

 

8h50 – Poste de garde du secteur ouest.

 

 

 

 

A la barrière de sortie, une camionnette blanche sans logo s’arrêta à la borne magnétique. Le chauffeur fit un signe au gardien qui s’apprêtait à ouvrir les portes pour inspecter la cargaison et lui présenta une liasse de papiers et un badge différent de ceux qu’on trouvait sur la plateforme. Assis à la place passager, un homme en chemise, cravate et lunettes de soleil fixa l’experte qui observait le manège en attendant de pouvoir passer. La jeune femme détourna le regard et apposa son badge sur le capteur. La barrière se releva et elle enclencha la première.

De son côté, la camionnette anonyme passa le contrôle sans que son chargement ne soit révélé, sans que le passager ne pointe au tourniquet piéton comme tout le monde.

Alex récupéra son partenaire de zonage quelques mètres plus loin.

 

Matt jeta un regard en arrière. Le véhicule avait pris la route principale et filait vers l’autoroute.

 

Alex tiqua.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alex se gara en marche arrière sur le parking de la salle de contrôle du secteur ouest. Ils récupérèrent leurs EPI et leurs tablettes de relevés dans le coffre de la voiture et entrèrent dans le sas de sécurité du bâtiment. L’incident de la camionnette était déjà loin.

 

9h10 - Unité du Gas Plant

 

Le Gas Plant ressemblait à une cathédrale d’acier avec sa longue allée de ventilateurs s’élevant à plusieurs mètres du sol, refroidissant des kilomètres de tuyauteries, ses portants de rack comme les colonnes d’une nef, les cages d’escaliers comme des arcs-boutants, d’un gris étincelant en regard des autres unités de l’ouest, encrassées par le pétrole brut et les bitumes.

Les experts s’engagèrent dans l’allée principale flanquée d’une double rangée de pompes en quête de l’opérateur de l’unité. L’agencement faisait penser à un dromos moderne avec son alignement de statue menant vers quelque temple du génie des procédés.

Alex et Matt trouvèrent l’opérateur appuyé contre le socle béton d’un pilier porteur, en train de feuilleter un carnet. Il ne se montra pas aimable quand ils lui donnèrent leur BV à signer. Il examina attentivement le contenu des travaux qu’ils comptaient mener, faisant preuve d’un zèle peu commun par rapport à ses collègues en charge des autres unités. Tout était différent sur l’unité fantôme.

 

Ils n’eurent pas de mal à saisir la question : les installations n’étaient pas très bruyantes. Une pompe sur deux était à l’arrêt et la hauteur des aéroréfrigérants atténuait considérablement le tumulte des pales tournant à grande vitesse.

 

Alex était la véritable experte ATEX. La seule qui fut débarquée à la cellule avec un bagage conséquent en la matière et qui avait par la suite formé Matt, le génie des procédés (et tenté de former Dominique, mais il n’y comprenait pas plus que les opérateurs).

 

 

 

Il leur rendit le papier signé. Les deux experts s’éloignèrent, sentant le regard fixe de l’énergumène dans leur dos.

 

 

 

 

Alex sortit la liste des équipements qu’ils avaient établi par un long travail de suivi de ligne sur opergraph (une misère à base de feutres de couleur pour repérer les produits, de patience pour parcourir les lignes et de sang-froid pour obtenir les informations connexes auprès des services procédés) et le plan quadrillé de l’unité.

Une demi-heure plus tard, ils se retrouvèrent devant deux prises d’échantillons équipées de  système DOPACK. A leur gauche, la PE 6801 qu’ils cherchaient. A leur droite, la PE 6802, censée contenir les mêmes produits (de l’essence lourde en provenance d’un ballon) mais qui n’apparaissait sur aucun document.

 

 

 

 

Alex marqua son plan de deux croix annotées des repères PE 6801 et 6802.

 

 

 

Matt recula d’un bond. Alexandra ouvrit des yeux ronds.

 

 

 

Matt s’exécuta de mauvaise grâce, enfilant ses gants graisseux pour attraper l’intruse, la jeter par terre et l’écraser de sa chaussure de sécurité.

 

 

 

Une sonnerie stridente retentit dans l’unité. Ce n’était ni l’alerte incendie ni l’alerte gaz générale. Les experts regardèrent autour d’eux en quête d’un feu à éclat orange signalant une détection d’H2S mais aucun ne brillait. Calme plat du côté de leurs détecteurs individuels.

 

Alors qu’ils longeaient l’unité pour rejoindre la salle de contrôle selon les mesures de sécurité, la sirène les accompagnant de son long hululement sinistre, une silhouette entre les abris analyseurs attira l’attention de la jeune femme.

- Y a encore quelqu’un dans l’unité ! s’exclama-t-elle.

- Quoi ? Où ça ?

- Je viens de voir quelqu’un passer là-bas. Il allait vers les pompes GPL.

Elle indiqua les énormes ballons bleus superposés à angle droit évoquant des sous-marins. Matt jeta un coup d’œil vite fait, plus pressé de s’éloigner de la zone d’alarme.

- Je vois rien.

- Il était là, je te dis. Faut prévenir la salle de contrôle et vite.

Matt soupira intérieurement, constatant encore une fois qu’en bonne HSEQ, Alex faisait primer la sécurité et surtout pour le coup la leur. Ils accélérèrent le pas en direction du bunker.

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